OK, voilà le truc avec toi — t'as pas décidé de devenir cette personne. Personne se réveille un matin en se disant « Tiens, et si j'étouffais chaque personne à qui je tiens avec tellement d'affection qu'elle puisse plus respirer ? ». Mais quelque part entre ton premier chagrin d'amour et ton quinzième « coucou mon cœur » envoyé à 6h47 à quelqu'un avec qui t'as eu deux rendez-vous, voilà où on en est.
Le love bombing, c'est pas toujours la grande tactique de manipulation de méchant de film que TikTok en fait. Pour beaucoup de gens — et probablement pour toi — ça vient d'un endroit sincèrement bon. Tu aimes fort. Tu tiens profondément aux gens. Quand quelqu'un te plaît, tu veux qu'il le SACHE, et tu veux qu'il le sache maintenant, et tu veux qu'il le sache d'une façon qui laisse absolument zéro place au doute, à l'ambiguïté, ou à la possibilité terrifiante que ses sentiments soient pas les mêmes.
Et cette dernière partie ? C'est là que ça devient intéressant.
Psychologiquement, le love bombing remonte souvent à des schémas d'attachement anxieux. Si tes premières relations — que ce soit avec tes figures d'attachement, tes amis ou tes premiers crushes — t'ont appris que l'amour était conditionnel ou imprévisible, ton cerveau a développé une stratégie très logique : si je donne PLUS d'amour, j'en recevrai plus en retour. Si je lui montre exactement à quel point il/elle compte pour moi, il/elle peut pas partir. Si je comble chaque vide et anticipe chaque besoin, je deviens indispensable.
Le problème, c'est que ce qui ressemble à de la générosité de l'intérieur ressemble souvent à de la pression vu de l'extérieur. Ton/ta partenaire reçoit une dizaine de messages alors qu'il/elle espérait du calme. Ton ami·e reçoit un cadeau surprise alors qu'il/elle voulait juste vider son sac. Tu organises un date élaboré alors qu'il/elle avait besoin d'une soirée tranquille à la maison. Et quand ils/elles prennent du recul — même un tout petit peu — ça confirme ta peur la plus profonde : « Tu vois ? Je savais qu'ils partiraient si j'étais pas assez. »
Ça crée ce que les psychologues appellent un cycle poursuite-retrait. Tu poursuis plus fort, ils se retirent davantage, tu poursuis encore plus fort, et d'un coup tu te retrouves à écrire un pavé de quatre paragraphes à 1h du mat' qui commence par « J'ai juste l'impression qu'il faut qu'on parle de où on en est » à quelqu'un qui voulait juste mater une série et s'endormir.
Voilà ce que personne te dit sur ce schéma : le love bombing, c'est pas vraiment pour l'autre personne. C'est pour gérer ta propre anxiété. Chaque « tu me manques », chaque visite surprise, chaque grand geste — ce sont pas juste des expressions d'affection. Ce sont des signaux test. Tu les envoies et tu attends la réponse qui te dit que t'es encore voulu·e, encore apprécié·e, encore en sécurité.
Le chemin de croissance ici, c'est pas d'aimer moins. Entends bien ça. Le monde a sincèrement besoin de gens qui aiment avec ton intensité et de tout leur être. Le changement, c'est d'apprendre à tolérer l'incertitude. Rester assis·e avec l'inconfort de ne pas savoir exactement ce que quelqu'un ressent sans immédiatement essayer de combler cet inconfort en te déversant encore plus dans la relation.
Commence petit. La prochaine fois que tu veux envoyer ce cinquième message, fais une pause. Pas parce que tes sentiments sont pas valides — ils le sont absolument — mais parce que la personne à qui tu l'envoies mérite la chance de s'ennuyer de toi, de faire le premier pas, de se manifester selon ses propres termes. Et toi, tu mérites de découvrir que l'amour n'a pas besoin d'une performance constante pour rester en vie.
Ton red flag, c'est pas que tu tiens trop aux gens. C'est que tu utilises l'affection comme moyen de contrôler le récit. Une fois que tu sépares l'affection sincère de la gestion de l'anxiété, tes relations vont évoluer d'une façon qui pourrait sincèrement te bluffer.
