Find My Label

ALe Désastre Fonctionnel

Tu roules à vide mais tu dépasses tout le monde quand même. Ton mécanisme de défense EST le problème.

Le Désastre Fonctionnel

Alors comme ça t'as eu Le Désastre Fonctionnel. Et honnêtement ? Une partie de toi est probablement bizarrement fière, ce qui est précisément le problème dont on doit parler.

Tu es la personne qui répond à l'effondrement émotionnel en... faisant plus. Tu te sens submergé·e ? Fais un tableur. Crise existentielle à 3h du mat ? C'est le moment de réorganiser le garde-manger. Ton psy appellerait ça un « comportement compensatoire » — toi tu appelles ça « être productif·ve ». Même chose, énergie radicalement différente.

Ce qui rend ton burnout aussi sournois : personne peut le voir. Vu de l'extérieur, t'as l'air d'avoir ta vie en main. Tu respectes les deadlines, tu réponds aux mails en quelques minutes, tu maintiens miraculeusement une routine skincare pendant que le monde brûle. Les gens te regardent et pensent « goals ». Ce qu'ils voient pas, c'est comment tes mains tremblent quand tu arrêtes enfin de bouger, ou comment l'idée d'un samedi sans programme te donne envie de sortir de ta propre peau.

La psychologie derrière tout ça est fascinante d'une manière profondément inconfortable. Les recherches sur le « burnout à haut niveau de fonctionnement » montrent que la productivité peut devenir un mécanisme dissociatif — ton cerveau utilise l'accomplissement de tâches pour éviter de traiter les émotions difficiles. Chaque case cochée, chaque projet bouclé, chaque « waouh, je sais pas comment tu fais tout ça ! » devient une micro-dose de validation qui te maintient sur une roue de hamster qui est lentement en train de prendre feu.

Et le plus cruel ? Les trucs qui font de toi quelqu'un de « successful » dans un cadre capitaliste — la drive acharnée, l'incapacité à te poser, le besoin compulsif de prouver ta valeur par ce que tu produis — sont exactement les mêmes trucs qui te détruisent. La société récompense ton burnout. Ton boss adore. Tes contacts LinkedIn admirent. L'algorithme promeut. Tu reçois du renforcement positif pour te consumer, et c'est une boucle véritablement toxique dans laquelle être coincé·e.

Ta relation avec le repos, c'est en gros une prise d'otage. Tu sais que t'en as besoin. T'as lu les articles. T'as sauvegardé les posts Instagram « le self-care c'est pas de l'égoïsme ». Mais quand tu essaies vraiment de te reposer, ton cerveau se met à hurler. L'anxiété ne diminue pas quand tu t'arrêtes — elle augmente. Parce que pour toi, la productivité c'est pas une question de faire des choses. C'est une question de courir plus vite que le sentiment que tu ne suffis pas. Et tu peux jamais, jamais courir assez vite.

La voie à suivre c'est pas de faire moins — dire à un Désastre Fonctionnel de « juste se détendre » c'est comme dire à quelqu'un qui a de l'insomnie de « juste dormir ». Sauvagement inutile. C'est de construire lentement, douloureusement, un sentiment de valeur personnelle qui n'est pas attaché à ta productivité. C'est d'apprendre à rester assis·e avec l'inconfort de ne rien faire et de découvrir que tu ne te désintègres pas. C'est de reconnaître que la voix qui dit « tu devrais faire quelque chose » c'est pas de la sagesse — c'est une réponse au stress déguisée en productivité.

Commence petit. Laisse un mail sans réponse pendant 24 heures. Prends une pause déj où tu fais pas de multi-tâches. Reste avec l'anxiété que ça produit et observe : t'as survécu. Le monde s'est pas écroulé. Personne t'a viré·e. T'es toujours là, et tu suffis toujours — même quand tu fais absolument rien.

Partage ton résultat

XThreads